Septembre 2006, les dernières nouvelles de notre partenaire au Liban

Interview de Raïf SCHWAYRI, directeur général de la fondation Al Kafaät -

Les établissements et le personnel de la fondation Al-Kafaat ont-ils étaient touchés par les bombardements ?

Au premier constat, nous avons une éducatrice à notre centre "le Village" qui a perdu son mari dont le corps est toujours enfoui sous les décombres de sa maison. Sinon une dizaine d'autres éducateurs dont les foyers ont été radiés, mais qui sont sains et saufs pour avoir quitté à temps. Nous attendons la semaine qui vient pour faire le constat par rapport aux bénéficiaires qui reprennent demain, ainsi que leurs familles.
Cinq des sept centres d'Al-Kafaàt sont justement situés à proximité de la zone pilonnée par l'aviation Israélienne, sur l'axe qui fut mieux connu durant la guerre du Liban (1975-1991) comme étant la ligne de partage confessionnel. L'enjeu, dès la fondation d'Al-Kafaàt, fut de servir équitablement toutes les confessions Libanaises, d'où l'implantation de nos centres en régions pluralistes. Les missiles aéroportés ont ciblé toute la zone du Sud de Beyrouth densément habitée par des adeptes de la confession Chiite et majoritairement affiliés au mouvement Hezbollah. Nos centres spécialisés, qui se situent donc à proximité de cette zone, n'ont pas été ciblés directement, et n'ont donc subis que des dommages sommaires, comme des vitres brisés et des murs fissurés.

Comment la fondation a-t-elle réagit pour aider les réfugiés et les personnes blessées ?

Al-Kafaàt avait mis sur pied un dispositif d’urgence permettant la fabrication à ses Cuisines Collectives de plats personnalisés et que ses équipes ont distribués auprès des familles réfugiées. Ainsi, plus de 2.500 plats individuels étaient livrés au quotidien auprès de familles ayant trouvé refuge à l'une ou l'autres des 12 agglomérations et écoles que nous avons ciblés. Al-Kafaàt avait de surcroît hébergé en son Campus Professionnel 250 réfugiés.
Nous avions, par ailleurs, organisé des groupes de travail composés de thérapeutes qualifiés, infirmiers et assistants sociaux pour intervenir en soins, hygiène et assistance personnelle auprès des quatre écoles ciblées.

Quelles conséquences peut avoir cette guerre dans le paysage social du liban, et sur le fonctionnement de la fondation ?

Les services de la Fondation seront sollicités davantage, maintenant que la crise socioéconomique a atteint de nouveaux sommets. Tant nos services auprès des handicapés que ceux voués à la formation et l'insertion professionnelle des cas sociaux. Nombre de personnes ont été sévèrement mutilés durant les 4 semaines, dont une partie non négligeable d'enfants. Les premiers constat arborent les chiffres de 12.000 blessés graves, dont près de la moitié handicapée (et 60% de laquelle seraient des enfants de moins de 14 ans!). A l'heure actuelle, des enfants sont blessés tous les jours dans le Sud du pays, et certains perdent la vie, à cause de mines anti-personnels que les Israéliens avaient plantés ou encore des jeux plastiques truqués.
Les conséquences pour le Liban sont graves: sur le plan économique, le pays repart avec une dette extérieure de 47 Million d'Euros, ce qui représente pas loin de 350% de son PIB et 6 ans de ses dépenses d'État. Sur le plan de la reconstruction, il faudra au moins cinq ans pour reconstruire ne serait-ce que les infrastructures démolies par l'aviation Israélienne, si, toutefois, les possibilités financières le permettaient.
Sur le plan politique, le Liban repart sur des bases de conflit interne. L'action précédente menée par le Hezbollah est contestée par une part de la population qui n'est pas négligeable. Le débat actuel est serré entre les différentes factions, un débat qui reprend d'ailleurs celui plus nuancé et qui oppose les Américains et les Iraniens autour des propos bien connus.

Quelles sont les conséquences par rapport au déroulement du projet Tempus et par rapport aux échanges d'étudiants prévus cette année ?

Le projet TEMPUS en sort renforcé, puisque son utilité n'a fait que grandir au terme de ce conflit. Je le disais plus haut: nos centres spécialisés devront être capable de gérer un nombre grandissant de personnes handicapées. La formation que nous proposons sous le programme Européen aidera grandement à apaiser de la crise sociale à laquelle le Liban devra faire face dans les années à venir. J'espère donc que notre projet repartira sous toutes ses composantes, y compris les échanges étudiants prévus.


Page Précédente

eZ publish™ copyright © 1999-2012 eZ systems as