La dépendance, une problématique contemporaine

La situation de dépendance que peut connaître toute personne à un moment donné de sa vie " n'est pas toujours un problème et en elle-même ne suffit pas à justifier la création d'un Centre d' Activités au sein de l'IRTS. On peut même dire que toute personne est dépendante d'une façon ou d'une autre, autant d'un environnement matériel, économique, culturel, que d'un réseau affectif et relationnel.

Françoise Dolto attribuait à cette dépendance, souvent très précoce dans le développement de l'être humain, une des caractéristiques majeures de notre espèce humaine qui fait que chacun a besoin de l'autre pour se construire :
«L'humain est un mammifère supérieur, supérieur parce qu'infirme à la naissance, grâce à quoi il est supérieur puisqu'il a besoin d'une communication avec l' autre pour pouvoir survivre».

Mais cette dépendance normale peut glisser vers une dépendance pathologique et faire alors problème: le besoin de communiquer est alors entravé par des handicaps, par le vieillissement, par des difficultés sociales majeures.
Ce n'est pas seulement la fonction du langage qui peut être atteinte, mais progressivement les contenus de ce langage s'appauvrissent. L'univers de ces personnes s'est progressivement rétréci, toutes occupées qu'elles sont par la recherche d'une mise en sécurité de plus en plus proche.

Tout peut devenir problème : un repas, un déplacement, un achat à réaliser, une démarche administrative, mais surtout l'impression de ne plus être reconnu comme interlocuteur valable par ses proches, par son environnement social et professionnel. Ce sentiment de ne plus avoir prise sur soi et sur le cours des choses est le socle de ce qui devient la problématique. de la dépendance.

Les professionnels formés dans ce Centre d'Activités sont préparés à développer des relations de soin, d'aide, d'accompagnement, auprès de ces personnes qui sont entrées dans la dépendance quotidienne et multiforme.

Mais de cette situation de « tierce personne» d'autres problèmes peuvent survenir, liés à l'extrême dépendance :

danger de la toute puissance, qui se repère dans le danger de parler, faire, penser, désirer à la place de la personne.
Ceci pose le problème du respect des rythmes de vie différents, des centres d'intérêts décalés, des potentialités peu efficientes. En quelque sorte, l'approche de la personne risque de se faire davantage sous l'angle de la défectologie que d'une nouvelle dynamique relationnelle à inventer pour le respect de la personne.

Risque de situations de maltraitance, dont on sait de mieux en mieux repérer les insidieuses manifestations. Les professionnels formés doivent exercer leur vigilance pour qu'en toute circonstance la personne dont ils s'occupent demeure bien le sujet qui, de ce fait, permet au professionnel de se reconnaître lui-même dans la dignité de sa fonction.

C'est dire combien le positionnement éthique est au cœur des formations et des pratiques professionnelles dispensées et travaillées dans ce Centre. La compréhension de la grande vulnérabilité des personnes dépendantes permet alors de maintenir et restaurer leur aspiration légitime à des
« indépendances » dans leur vie quotidienne, familiale et sociale.


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