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Les techniques éducatives, la pédagogie de l’expression et de la créativité dans la formation des Educateurs SpécialisésL’objet de cet écrit est de tracer quelques repères historiques dans la formation des éducateurs spécialisés concernant les techniques éducatives et chemin faisant de dégager l’évolution des représentations qui s’y rattachent :
Les techniques éducatives désignent : une pratique professionnelle de l’éducateur spécialisé. L’éducateur spécialisé dès la création de la profession, utilise des médiateurs relationnels.
Les outils médiateurs de l’éducation, de la rééducation et des soins sont : L’éducateur est reconnu compétent pour organiser et animer des ateliers dit « de technique éducative ». Jusqu’en 1967, les écoles de formation des éducateurs spécialisés construisent leur projet de formation sans référence à un texte. Certaines écoles (Marseille, Montpellier etc…) délivrent un diplôme universitaire d’éducateur spécialisé, d’autres un diplôme école.
Dès les années 65, il existe un embryon de Comité d’entente des écoles, lieu de coordination, de réflexion et d’harmonisation des projets d’école, les programmes restant à l’initiative de chaque école. Une constante cependant : Certaines écoles dès les années 60 font la part belle aux ateliers de techniques éducatives, les écoles d’éducateur spécialisé de Marseille, Dijon, Poitiers y consacrent même plus de la moitié de leur programme. Le terme « techniques éducatives », revêt alors une acception large, les ateliers pratiques sont aussi bien l’éducation physique et sportive, les activités de plein air, les camps, les activités manuelles et artisanales, les activités artistiques.
Les débats d’alors, portent sur la question d’une mise en tension de deux termes : la technique et l’expression. - L’expression : l’atelier est défini comme un lieu et un temps éducatif où sont privilégiés l’expression de soi, la relation avec soi-même, autrui, le groupe, plus que de la maîtrise d’une technique. L’éducateur se positionne en facilitateur de l’expression d’un conflit intrapsychique, d’une manière d’être en relation. Les ateliers, supports privilégiés, sont l’expression libre : danse libre, expression corporelle et jeux dramatiques, peinture, etc… La dimension de formation de la personnalité et de soin (visée thérapeutique) est alors mise en avant comme finalité et objectif de l’atelier. La représentation se développe alors autour d’un noyau central que l’on pourrait rapprocher de la terminologie : « pédagogie de l’expression », étymologiquement « expression » vient du latin « expressio, de exprimere, de ex : hors de, et premere : presser ». Le mot expression renvoie au fait de traduire un contenu psychologique par l’art (Le Petit Robert). Il renvoie aussi au fait d’exprimer des émotions, des sentiments à l’extérieur de soi. La pédagogie de l’expression renvoie historiquement aux mouvements d’éducation libertaire (1). Dans leur pensée, ce qui vient de l’intérieur est bon, ce qui vient de l’extérieur est corrompu. Rappelons la phrase de J.J. ROUSSEAU : « l’enfant est bon, c’est la société qui le corrompt ». Il est sous-entendu que la pédagogie de l’expression s’oppose à une pédagogie par la contrainte. L’éducateur s’évertue à faire sortir ce que l’enfant a en lui, à poser les conditions pour que cela se fasse (2) Le propos s’associe à l’idée d’une expression libre, sans contrainte.
L’atelier de technique éducative est reconnu comme un des outils privilégié de l’éducation spécialisée, les écoles d’éducateurs accordent une part importante à la formation par les techniques éducatives (quelquefois plus de la moitié de leur programme), privilégiant l’apprentissage, voire la maîtrise d’une technique en vue de sa retransmission auprès des usagers.
Le décret n° 67 138 du 22 février 1967 instituant le Diplôme d’Etat d’Educateur Spécialisé inscrit la formation aux techniques éducatives dans le programme, sans toutefois préciser le nombre d’heure à y consacrer, contrairement aux autres matières En revanche, un certain nombre de repères historiques nous sont donnés par les colloques, journées d’études et travaux du Comité d’entente des écoles d’éducateurs, ces repères couvrent la période de 1968 jusqu’à la réforme du diplôme d’état en 1990. En effet le Comité d’entente dès 1967 s’investit sur la question des techniques éducatives en créant une commission ad hoc, très active. Ces sessions s’adressent aux équipes de formateurs des écoles. Quelques jalons En février 1968 se tient le « séminaire pédagogique de Vaucresson » qui débouchera sur des travaux et des écrits publiés dans le numéro spécial de la revue « sauvegarde de l’enfance ». En janvier 1969 ont lieu les journées d’étude de Poitiers au cours desquelles s’élabore un projet de réforme de la formation par les techniques éducatives. Ce projet sera en partie repris dans la réforme du D.E.E.S. de 1990. En mars 1969 ont lieu les journées d’étude de Dijon animée par J. BERCY (IFES Marseille) et E. JOVIGNOT (IFES Dijon). Les écoles suivantes sont alors représentées : IFES Marseille, Dijon, Tours, Paris, Toulouse, Rouen, Nancy, Poitiers, Rennes, Epinay sur Seine, Pau, Strasbourg, Aix-Peynier, Grenoble, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Angers, Lille, Lyon.
Jean Bercy s’y exprimait ainsi : « Maintenant, dans un but de progrès commun, il y a nécessité de connaître nos expériences et interrogations. Cette session se situe dans le mouvement actuel de produire par nous-même un corpus sur nos pratiques. Ceci est nécessaire parce que les techniques éducatives sont mal connues, inconsidérées… Elles ont besoin d’être situées dans nos écoles, dans la profession et les textes juridiques à la place qui leur revient, c'est-à-dire la première. Les techniques éducatives sont de précieux auxiliaires, servant de véhicules aux projets psychologiques et thérapeutiques ».
Les travaux de la commission « formation par les techniques éducatives » sous la responsabilité et l’impulsion de J. BERCY débouchent sur plusieurs séminaires, sessions et journées d’études régionales et nationales (sous commissions activités d’expression IFES Marseille (J. BERCY) et IFES Strasbourg (J. PROVOT) stages formations et recherches Peynier 1971, le Pradet 1970, les traces de ces travaux sont publiées dans le Bulletin du comité d’entente des écoles d’éducateurs.
Le D.E.E.S. de 1990
Le programme distingue deux modalités : Depuis 1990, les regroupements inter-écoles (G.N.I. AFOR) n’ont plus produit de recherches, de rencontres sur le thème. En revanche, de nombreuses initiatives de 1980 à 1990 sont nées du courant intégratif. Si les chefs d’établissements déplorent l’appauvrissement de la vie culturelle intra muros, le courant intégratif en milieu ordinaire a favorisé la création et le développement d’activités artistiques et culturelles favorisant le métissage culturel.
Citons pour exemple :
Les ateliers et créations de l’opéra de Vienne : « danse spéciale » qui produisent des créations de ballets mêlant danseurs, chorégraphes professionnels, éducateurs et jeunes adultes déficients, trisomiques ou handicapés physiques. « L’Art en Ciel Théâtre où sous l’impulsion de René BADACHE, le théâtre devient un espace d’expression forum aux questions sociales (en référence au « sociodrame » de J.L. MORENO, et aux expériences de DARIO FO, ou d’Armand GATTI). De nos jours, la représentation des techniques éducatives a évolué vers un noyau central qui pourrait être nommé « pédagogie de l’expression et de la créativité ». Il conviendrait, pour conclure, de distinguer l’apparition de la notion de « créativité », par rapport à celle « d’expression » (« créativité » figurant déjà dans les textes du D.E.E.S. de 1990). Etymologiquement, « créer » vient du latin « creare » : donner la vie, tirer du néant. La créativité renvoie à la capacité d’invention, de réalisation de quelque chose qui n’existe pas encore et au pouvoir de former. La créativité serait cette capacité à réaliser, former, concevoir, élaborer, imaginer, inventer et produire. Pour A. CAMUS « créer, c’est donner forme à son destin » créer une pièce de théâtre, c’est l’organiser, la mettre en scène, la mettre en forme, l’idée de mise en forme est alors essentielle et constitue le point de différenciation avec l’activité d’expression libre.
La créativité renvoie à la mise en forme aussi bien de l’intériorité que des éléments du monde extérieur. Mettre en forme consiste à utiliser des signes et des symboles qui pré existent à l’individu et sont des éléments culturels et sociaux, des éléments de langage et de codes formels conventionnels. Créer, communiquer à l’aide de conventions entre l’autre et soi, quitte à détourner les conventions. Dans les ateliers de créativité, l’ouvrage, l’œuvre formée est un compromis dialectique entre ce qui est le plus intime, le plus profond et le plus singulier du sujet, du créateur, et sa mise en forme à l’aide de signes, de codes, de symboles accessibles à l’autre. La figure de la métaphore et de la métonymie organise ce langage. Sur cette lancée, lors de la Biennale du Groupement National des IRTS qui se tiendra à Marseille en Juillet 2006, un atelier sera ouvert sur le thème "Les activités d'expression et de créativité, pratique de soin et pratique éducative". Cet atelier sera l'occasion de faire un état des lieux sur ces pratiques, tant dans la profession que dans les centres de formation.
(1) cette éducation ne reconnaît aucune limitation de la liberté individuelle |
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