Journée « LES 10 ans du SOCIOGRAPHE »

 

Dans la salle, les étudiants s’affairent à leur travail, répondent à leurs besoins ; qui cherche un article sur le handicap, qui sur la maltraitance, qui encore sur la communication. Certains sont silencieux et ne lèvent pas la tête de l’écran de l’ordinateur ou de la page du livre. L’équipe de la Doc s’affaire elle-aussi : un conseil d’utilisation de l’ordinateur, une orientation vers tel ou tel article, une carte de photocopie et les cartons du déménagement à faire, réalité institutionnelle oblige !

Et le Sociographe dans tout ça ? Nous interpellons quelques étudiants qui réagissent : « ah, oui, c’est intéressant ! » ; « je peux prendre ? » ; « qu’est-ce que c’est ? » ; « oui, je connais, je suis abonné mais je veux bien un marque-page ! » ; Nous avons une difficulté à interrompre le ronron de cet espace documentaire ! Pourtant, au détour d’une sollicitation, un échange s’amorce avec une directrice en formation ; elle parle de son mémoire autour de la participation des usagers et comme la revue sur l’écran affiche le numéro sur la discrimination, elle souligne d’un coup le lien possible. Comment ? Elle ne le sait pas ; Pourquoi ? Oui, elle pense en connaître certaines raisons ! Elle repart, ravie de cette rencontre, et sans oublier la documentation.

L’heure du débat, annoncé vers 11h30, se met en place peu à peu ; trois formateurs, puis un autre, puis un autre encore ; l’échange peut commencer :

Quel est le sens de cette revue ?

L’intérêt réside dans la cohabitation possible d’articles théoriques avec des témoignages, tant de personnes exprimant un vécu souvent intense que de professionnels tentant d’y voir plus clair dans leurs pratiques en les soumettant à la lecture d’autrui. Le thème proposé dans chaque numéro est unique et de ce fait réduit le lectorat aux personnes attirées par le sujet. Les étudiants et les professionnels sont des cibles à privilégier davantage : notamment, lors des réunions de professionnels des sites qualifiants, les appels à auteur en cours pourraient être distribués de façon large. Cette idée présume de l’implication des Centres d’Activité dans cette démarche ; pourquoi pas avec un formateur référent ? Ou avec l’exploitation pédagogique des thématiques de la revue dans des activités de formation, ce qui pourrait donner lieu à un article ou deux en marge du sujet et élargir ainsi le lectorat. Cette proposition a, nous en avons conscience, des conséquences sur le format et les délais de composition d’un numéro.

Comment promouvoir l’utilisation de cette revue ?

« On écrit parce qu’on est concerné » et « on est concerné parce qu’on est impliqué » ; derrière ces paroles, c’est toute l’idée que cette revue est un espace possible d’écriture pour tous les travailleurs sociaux. Mais comment les inviter à entrer dans « leur revue » ? Peut-être est-il alors nécessaire dans un premier temps de présenter tout le déroulement de la procédure – de la proposition de la thématique et donc de l’appel à auteurs à la sélection des articles qui viendront construire ce numéro – ? La compréhension de toute cette procédure peut amener les étudiants, les formateurs et les professionnels de terrain à entrer plus facilement dans cette démarche d’écriture.

Mais il y a d’autres entrées possible pour valoriser l’écriture ; c’est peut-être organiser une lecture d’un numéro dans le cadre de la Formation Commune 1ère année « Lire, dire, écrire pour un travailleur social », intégrer la revue dans le cadre actuel de la Formation Commune 3ème année « Atelier de recherche et animation du terrain professionnel», l’utiliser comme support pédagogique à des actions de formation comme l’ESARTS « dans le Centre d’Activité Education Spécialisée, ou encore inviter les étudiants à écrire des témoignages qui seraient rassemblés dans une rubrique libre dans cette revue ? Toute cette démarche témoigne d’un pari, celui d’élargir l’espace de diffusion des productions écrites des étudiants, avec l’intention qu’elles passent de l’espace « groupe » à celui des « plateformes », qu’elles se placent sur le « portail doc » ou le « site » et enfin qu’elles migrent vers les revues et pourquoi pas celle du Sociographe ?

Une autre étape dans cette promotion est l’appel à auteurs ; mais une fois diffusé, un suivi est nécessaire pour garder en éveil les esprits sur le thème sinon l’invitation est rapidement engloutie dans la multitude d’informations que nous recevons les uns et les autres. Peut-être devons-nous le diffuser plus largement et surement dans les Centres d’Activité ? Devenons porteur de cette possibilité en relayant les thèmes choisis, en développant les enjeux, en repérant des « écrivains possibles » ; il s’agit non pas de viser l’écriture de tous mais de favoriser quelques écritures particulières. Mais, accompagner certains étudiants dans l’écriture, les inscrire dans cette démarche d’écriture doit pouvoir se repérer dans le temps de leur formation ; la démarche de modularisation de la formation avec les crédits européens devrait permettre cette réalité.

Enfin, les séances publiques de présentation du numéro édité sont encore une autre étape dans la promotion de cette revue ; à nous de faciliter ces « rencontres auteur-lecteur » pour permettre les échanges, les débats entre tous les protagonistes de l’action socio-éducative. Ces espaces sont autant de tremplins pour promouvoir la revue que de carrefours d’idées et de réflexions professionnelles.

Bien évidemment, toutes ces actions de promotion demandent aux formateurs une implication forte d’accompagnement dans cette démarche ; comment intégrer cette mission dans le temps de travail si ce n’est de l’intégrer dans la mission de recherche de l’IRTS. Mais qu’est-ce que la recherche en travail social ? Une recherche académique, une recherche professionnelle ? L’idée est peut-être d’interroger ce que l’on apprend par la pratique !

Vers une dimension scientifique ?

La production des connaissances et des savoirs est-elle nécessaire aux fondements de l’action publique ? Il s’agit ici de repérer l’utilité de la revue dans ce questionnement. Quelle place, quel rôle pour le Sociographe dans le territoire Paca et Corse?

Se pose également la question de l’apport scientifique de la revue. Selon l’éditorial de la revue, « Il nous reste à inventer une « socio-graphie » comme ce qui pourrait être une « épistémologie du témoignage ». « Toute réalité sociale et historique ne se dévoile-t-elle pas par le jeu des valeurs accordées ou non à des témoignages ? ». Ainsi nous posons la question de l’existence d’une « science du témoignage », témoignages qui interrogent la pertinence de cette science dans la lecture des questions sociales ainsi que les repères à donner aux problématiques posées par le social.

Autant de questions que les professionnels ont à débattre ! Le groupe de formateurs présents met un terme à son questionnement ; il est conscient que les réponses ne sont pas si simples mais il est dans la perspective de poursuivre le chemin.

L’après-midi, d’ailleurs, se poursuit avec une arrivée ininterrompue d’étudiants ; ça bourdonne, ça chuchote. Ils sont à la fois en attente d’un entretien individuel et en recherche pour formaliser certains écrits ; ils s’intéressent, ils feuillètent, ils questionnent mais leur attention est surtout centrée sur leurs écrits. D’autres formateurs arrivent, par intérêt et soutien vis-à-vis de leurs collègues de la documentation ; ils repartent avec une ou deux revues sous le bras et livrent leurs idées : « Je découvre, je redécouvre une source que je n’utilise pas ; je suis conditionné par mes anciennes sources ! » dit l’un d’entre eux ; « j’en ai parlé lors du suivi de stage que j’ai eu aujourd’hui ! » dit un autre ; «je sais que c’est important, mais … ». Autant de paroles, autant de soutien renforcé par un regard, un sourire vers nos collègues ; on se sent moins seul dans cette journée ; elle va se terminer sur un plaisir certain d’avoir fait un petit pas de plus dans ce sens !

D’ailleurs, le mot de la fin revient à une étudiante qui trouve dans la découverte de cette revue quelques réponses à ses questions : « On vient jamais pour rien ici !!! ».

Marie-Josée CASANOVA et Hassan HAJJAJ
(Membres du Comité de rédaction de la revue)

Marie-Gabrielle MATHELY
(Journaliste d’un jour)


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