Rappelons que ce projet a pour objectif essentiel le transfert des compétences nécessaires à la mise en œuvre et au suivi de la formation des éducateurs spécialisés. Le dispositif commun de formation a été formalisé aux normes européennes et s’oriente de fait, vers la logique de l’approche par les compétences, le développement des ECTS et de la modularisation. Inscrit dans un contexte de différences linguistiques, culturelles et techniques, il s’est appuyé sur une mobilité et une nécessaire adaptabilité et flexibilité réciproques qui ont contribué à développer à développer et soutenir, au cours des cinq dernières années, le processus de professionnalisation et de transfert de compétences visé.
L’objectif général du projet est décliné en cinq sous-objectifs :
Modularisation du programme de formation initiale (DEES) :
Une première formalisation et modularisation a eu lieu entre 2005 et l’été 2006 : elle correspond à l’ancienne réglementation du DEES et a été réalisée avant le conflit armé qui toucha le Liban au cours de l’année 2006.
Un deuxième travail technique et pédagogique de mise en modularisation de la formation des éducateurs spécialisés a été réalisé à partir de la réforme du DEES, qui a été effective à partir de 2007.
Ce travail d’élaboration s’est appuyé sur un travail d’analyse que nous avons réalisé à partir de l’ensemble des contenus et processus pédagogiques mis en place à l’université d’Al Kafaat, suivi d’une mise en correspondance avec les exigences propres à la communauté européenne, le tout adapté au contexte culturel général local. Cela s’exprime dans la réalisation de documents intégrant syllabus, descriptif des contenus de formation, objectifs, et modalités d’évaluation.
En résumé : la réalisation de ce projet s’est déclinée à partir de séances régulières de réflexion/travail avec les différents acteurs de la formation et l’équipe de direction d’Al Kafaat. Une étape nécessaire qui a permis la rencontre, la définition d’objets de travail commun, intégrant les réalités, les regards et les pratiques de chacun…
Nous sommes ainsi partis de l’idée que le transfert de compétences aux normes et logiques européennes, ainsi que la formation/professionnalisation des éducateurs spécialisés ne pouvaient se pérenniser sans un travail de transfert/appropriation généralisé à l’ensemble des acteurs intervenant dans le dispositif (étudiants bien sur, mais aussi cadres professionnels et pédagogiques).
Ceci signifie qu’en parallèle à la professionnalisation des acteurs et des activités, nous avons développé un travail de réflexion sur la professionnalisation des organisations, traduit par un travail continu et commun avec :
- l’équipe de direction,
- les responsables pédagogiques,
- les enseignants et professionnels éducateurs spécialisés (formateurs terrains).
Afin de développer une orientation commune avec le plus de cohérence et cohésion interne, nous avons donc présenté, dans un premier temps, nos référentiels, contenus de formations et ingénieries (pédagogiques, d’apprentissage et de communication) dans une dynamique d’échanges et de partage impliquant des appropriations applicables et contextualisées.
L’un des challenges a consisté à intégrer un nouveau dispositif, à la richesse des situations et compétences rencontrées. Les phases de régulation ont été successives, riches, souvent complexes mais ont contribué à qualifier tant les processus de formation et d’évaluation (contrôle continu, contrôle final) que les pratiques développées par les différents partenaires : la valorisation, la communication et la lisibilité des activités développées ainsi très vite été un gage de qualité de l’action construite, des pratiques et expériences partagées ;
De fait, nous avons pu développer une réelle dynamique de co-réflexion et de co-construction à partir de nos ingénieries pédagogiques et réflexives, en tenant compte des conditions de travail rencontrées à Al Kafaat. Une démarche qui a eu un impact sur nos propres réflexions et enjeux professionnels (développement des transversalités, individualisation des parcours …).
Cette dynamique très socio-constructive, pourrait-on dire, s’est mise en place en tant que fil conducteur du développement du transfert de compétences visé dans le cadre du projet et a permis tout à la fois d’intégrer le projet à la réalité libanaise, d’utiliser les compétences présentes et d’envisager ensemble les modifications nécessaires au bon déroulement que les changements paradigmatiques et organisationnels introduisent.
Former les enseignants :
Un continuum de travail a été mis en place autant dans le premier temps (2005 – 2006) que lors du réaménagement de notre projet depuis octobre 2008.
Cette continuité des échanges et des relais mis en œuvre (tutorat, co-construction des supports) a principalement concerné les responsables pédagogiques universitaires de la filière éducation spécialisée : la responsable de la licence professionnelle, puis depuis septembre 2009 les deux permanentes engagées pour soutenir le travail de cette dernière.
A chaque session de travail à Al kafaat, des temps de réflexion / élaboration ont été consacrés à cet effet. Ces activités ont été principalement centrées sur :
- les textes et attendus du DEES ;
- les contenus et processus pédagogiques ;
- la mise en ECTS et la modularisation ;
- la professionnalisation et l’approche par les compétences.
Des dossiers et différents supports ont été réalisés spécifiquement à ces occasions de façon à optimiser l’appropriation de ces orientations de travail. Ce travail s’est poursuivi à l’IRTS PACA et CORSE lors des déplacements effectués par la responsable pédagogique, déplacements s’inscrivant dans le cadre des observations et échanges sur les pratiques formatives et approfondissements entre formateurs et enseignants d’Al Kafaat à l’IRTS.
Nous avons également proposé, développé et réalisé de manière parallèle, un ensemble de conférences sur site, pour les enseignants en éducation spécialisé, mais également avec les enseignants techniques et du secondaire sur le thème : Education, pédagogie, apprentissage et formation.
Ces temps d’échanges ont permis de fédérer une réflexion élargie autour de ces dimensions, de questionner les enjeux des accompagnements pédagogiques, au-delà du seul transfert de compétences DEES/Licence professionnelle, de dynamiser les transversalités potentielles, entre équipes pédagogiques ou pôles de formation.
Il est à noter toutefois, que pour optimiser la pérennité du système que nous avons commencé à mettre en place, un relais et un investissement en temps important et régulier est en cours de construction et d’expérimentation à Al Kafaat ; cela permettra de continuer la logique de travail entre deux dimensions et orientations : l’enseignement/formation à l’université et la formation sur les terrains professionnels (la majorité des étudiants réalisant leur parcours au travers d’une dynamique d’alternance soutenue (stages professionnels tout au long des trois années de formation).
Les allers-retours pratique-théorie et théorie-pratique sont donc essentiels ; se centrant sur la pertinence de l’analyse des situations professionnelles comme fil conducteur du développement des compétences professionnelles, ils doivent continuer à être privilégiés, formalisés et effectués sur l’ensemble du cursus de formation.
En parallèle, le maillage entre professionnalisation par la formation et par l’action/réflexion sur le terrain professionnel reste au centre d’une alternance où la dynamique partenariale trouve tout son sens et sa pertinence. C’est à ces conditions qu’il sera possible progressivement de poursuivre la modification des habitus pédagogiques, de soutenir les nouvelles orientations, combattre les résistances au changement, de travailler sur les dynamiques individuelles et collectives.
Dans le même temps, les pratiques formatives centrées sur l’apprenant, le développement de ses compétences et la création d’une dynamique interne et institutionnelle réinjectée avec l’ensemble du corps enseignant sont des axes fondamentaux à maintenir.
De fait, la réflexion sur la logistique et l’organisation du travail a entraîné un changement de la politique d’embauche effectuée jusqu’alors à Al-Kafaat : recrutement d’enseignants permanents visant à faciliter ce chantier de transformation des rôles et fonctions des enseignants.
Former les professionnels éducateurs libanais travaillant à Al Kafaat et encadrant les étudiants éducateurs spécialisés :
Une action permanente a ciblé les cadres professionnels, autour de deux objectifs initiaux de professionnalisation :
- le premier axe se construit autour de la fonction de tutorat et de la valorisation des ressources existantes au sein des structures accueillant les stagiaires : accompagnement des parcours, soutien des écrits professionnels, appropriation des contenus pédagogiques et des référentiels du DEES…
-le second vise une action plus particulière de professionnalisation des cadres (chefs de service) en poste, prenant appui sur les besoins repérés par ces derniers, exprimés ou définis ensemble tout au long du projet : ainsi l’évaluation, le projet d’établissement, une réflexion autour du management ou autres outils d’intervention ont ainsi été travaillés et proposés aux cadres.
De la même façon, les séminaires avec les cadres professionnels français ont pu favoriser les échanges sur les théories et pratiques professionnelles mises en œuvre en France et au Liban. Cette dynamique réflexive de type recherche-action-formation s’est prolongée au sein des structures françaises et à l’IRTS PACA CORSE.
Elle aura été une des points forts du projet, par sa particularité formative et réflexive.
La complexité à apprécier, à intégrer dans les réflexions et à mettre en œuvre dans ces démarches d’accompagnement à la professionnalisation ou au tutorat, se situe à trois niveaux :
- Au niveau macro : une connaissance des théories sous-tendue dans les interventions, de l’histoire de la profession, de la culture professionnelle, de l’organisation du travail… ces dimensions ont été abordées lors des séminaires (échanges de ressources) et complétées au travers de la FOAD,
- Au niveau méso : le développement et l’activation des ressources, des formes de guidances, mise en réflexion, accompagnement … Des temps d’analyse de pratique et de co-construction d’outils ont pu être ainsi abordés et formalisés.
- Au niveau micro : il est essentiel d’avoir du temps pour accompagner le stagiaire dans ses activités professionnelles. La fonction tuteur-référent- accompagnateur a notamment cette vocation : en ce sens, elle nous a paru un axe essentiel du transfert de compétences et un support à la professionnalisation des équipes et des institutions, la fonction de tuteur s’exerçant de l’accueil au suivi du parcours, en passant par l’évaluation (des compétences, des travaux, des processus d’apprentissage…).
Favoriser les échanges entre et auprès des étudiants :
L’inscription sur le double diplôme a nécessité un accompagnement particulier des étudiants engagés sur le processus, tant sur le plan formel, théorique ou pratique ; ainsi ont été développés :
- un soutien fort des écrits professionnels ((re)lecture, correction, méthodologie), propres à la certification du DEES, le passage à la langue française écrite ayant été une difficulté réelle pour les étudiants ;
- une valorisation des espaces d’échanges et d’analyse des pratiques lors des différents regroupements à Al Kafaat (études de situation, réflexion commune, actions tutorées entre étudiants et formateurs …) ;
- une incitation réelle à s’engager sur des travaux de recherche, de lecture qui doit être encore soutenue par les équipes d’Al kafaat, engagement indispensable à la préparation du DEES ; en ce sens, le travail documentaire réalisé par les deux centres de documentation IRTS et Al Kafaat a été facilitateur (mise à disposition d’ouvrages et articles thématiques spécifiques), tout comme la mise en ligne de ressources et liens sur la plateforme. Un axe à maintenir, à développer, notamment dans sa dimension technique (haut débit notamment) ;
- des enseignements thématiques ciblés, autour des politiques sociales, de l’évaluation, du travail en équipe et/ou en réseau ou de la communication ont ainsi été initiés, pour compléter les modules de la Licence professionnelle et répondre aux attendus du DEES. Cette spécificité ne pourra être finalisée qu’après un séjour complémentaire en France…
- Les deux promotions suivies, la promotion avant réforme DEES et la promotion après réforme DEES ont bénéficié d’un temps de stage professionnel en région PACA et de temps de formation à l’IRTS. Ces deux promotions suivant conjointement la licence libanaise en éducation spécialisée et le DEES ont pu à la fois observer et expérimenter les problématiques et pratiques professionnelles des praticiens français et les processus de formations mis en place à l’IRTS. S’il semble un peu désuet de réutiliser l’expression : « les voyages forment la jeunesse » il n’en reste pas moins que ces immersions sont sources de nombreuses expériences personnelles et professionnelles fondamentales. Cela laisse également en perspective la possibilité que ces étudiants puissent à leur tour, devenir des personnes ressources importantes dans les formations à venir et être relais des acquis mobiliser (écrits, tutorat, mobilisation…).
Mettre en place un système d’enseignement à distance (FOAD) et un CDI (Centre de Documentation Informatisé) :
Les évènements géopolitiques de 2006 ont montré avec beaucoup d’acuité l’utilité de la mise en œuvre de dispositifs pédagogiques permettant le travail indépendamment de la présence physique formateur/formé. Dès décembre 2008 nous avons consacré à Al Kafaat un temps spécifique :
- d’explicitation de l’intérêt pédagogique des processus de formation ouverte et à distance et de l’utilisation des ressources pédagogiques contenues dans les revues numériques spécialisées dans le champ du handicap et du travail social (bouquet cairn).
- de développement au transfert des moyens technico-pédagogiques. L’utilisation des pédagogies d’accompagnement ouvertes et à distance offre une combinatoire de possibilités pédagogiques liées aux fonctionnalités techniques qui nécessite quelques adaptations dans la pratique formative mais aussi un changement de regard sur ce qui fait apprentissage. Ce champ d’actions fait grandement évoluer notre représentation des rôles, fonctions et actions du formateur.
Notre expérience à Marseille de l’utilisation de ces technologies et les expérimentations positives que nous avons effectuées, notamment, auprès des éducateurs spécialisés en formation initiale nous ont incités à généraliser les actions FOAD et l’accès à des plateformes de formation à l’ensemble de nos formations de travailleurs sociaux.
Nous avons donc expérimenté différentes formes d’apprentissage et méthodes pédagogiques se traduisant dans des modalités alternant travail individualisé et travail collectif à distance et à l’aide des différents outils pédagogiques et de communication intégrés dans nos plateformes de formation. Nous avons mis cette expérience, créé des plateformes de formation, et offert l’accès aux revues numériques du bouquet « Cairn », le tout au service et en complément à nos actions menées dans le cadre de notre projet Tempus.
Perspectives …
La volonté réciproque de poursuivre la collaboration entre l’université, la Fondation d’Al Kafaat et l’IRTS PACA CORSE, s’inscrit dans les besoins de la société libanaise et le souci d’y répondre au mieux. Le projet commun développé au cours des ces dernières années a en effet permis de nourrir des pratiques de mutualisation, d’ingénierie et de coopération qui se finalisent par la signature le 16 juin 2010 d’une convention de partenariat.
Cette dernière formalise la création d’un INTS (Institut National du travail Social) et valide la coopération entre la section internationale de l’IRTS PACA CORSE et l’Université d’Al Kafaat.
Cette structure a pour finalité de mutualiser les ingénieries ainsi que les dispositifs institutionnels, dédiés à l’ensemble des formations pour lesquelles chacun des partenaires est agrée par ses instances respectives.
Nous avons également en projet, le développement d’un ONTS (Observatoire national du Travail Social et de Santé Publique) permettant d’étudier plus précisément, dans ce cadre, les besoins, enjeux et ressources existantes, dans le champ du travail social et sanitaire au Liban. Cette dimension de recherche, d’enquête et/ou de diagnostic vise à affiner ou mesurer la faisabilité des projets potentiellement initiés (notamment de formation et/ou d’expertise) que nous pourrions être amenés à développer, au sein de l’INTS.
In fine, un projet qui aura été riche en développement, en rencontres et en expériences : les perspectives initiées dans la dernière phase du projet, ont pu être formalisées par la qualité de l’engagement des différents partenaires et la connaissance mutuelle des pratiques, ressources et réseaux de chacun.
La responsable du Centre d’activité Education Spécialisée : Hélène Bagnis
Le coordinateur du projet Tempus Liban et chargé de mission FOAD : Etienne Wéber
http://tempus-irts-pacacorse-al-kafaat.org/