CFA - Educateur spécialisé :une alternative possible

Nous avons, en ce début 2005, le recul du suivi d’une promotion 2001-2004 constituée de 21 étudiants éducateurs spécialisés apprentis, ainsi que l’expérience d’une année de formation concernant la promotion 2003-2006 de 24 apprentis E.S. Voici, retranscrits, ci-après, quelques exemples de leurs témoignages...

I - Ecoutons les apprentis :

« En ce qui concerne les apports théoriques, nous bénéficions des mêmes enseignements que le cursus classique. Les contenus sont principalement dispensés par l’IRTS et en partie par les tuteurs dans le cadre du transfert de compétences.
Dans une démarche de professionnalisation, les stages que nous effectuons sont associés à un terrain d’emploi, ce qui développe notre expérience et permet une meilleure approche du métier d’éducateur.
Notre statut salarié/étudiant nous permet aussi de bénéficier d’une autonomie financière tout au long des trois années de formation.

Cependant, comme « tout nouveau né », le dispositif rencontra lors de ses « premiers pas », des difficultés telles que : trouver le temps nécessaire pour réaliser l’accompagnement tutoral ou encore nos absences prolongées sur le terrain d’emploi (dues aux périodes de formation et principalement en première année).
L’importance et la qualité du travail demandé par les partenaires (terrain, école, stages) nous a amenés à avoir une organisation personnelle rigoureuse.
Grâce à un dialogue instauré avec nos formateurs nous avons pu toutefois faire face à ces problèmes.

II - Ecoutons maintenant les tuteurs

« Le Maître d’apprentissage sait qu’il est indispensable de ne pas se sentir indispensable, il ne lui reste plus qu’à se demander en quoi il est utile, et comment il peut l’être davantage.
Mais qui trouve-t-on au sein de la formation des Maîtres d’apprentissage ?
- des chefs de service en fonction ;
- des éducateurs qui auraient pu être chef de service, mais qui ne le sont pas ;
- des éducateurs, les seuls de l’établissement à remplir les conditions d’ancienneté ;
- des Niçois qui aiment Marseille.
Le critère qui attire le plus l’attention dans cette liste (non exhaustive pour peu qu’on ait un peu d’imagination) c’est celui de l’ancienneté dans la profession.
Il y aurait donc, peut être, l’idée d’un savoir empirique à transmettre, ou du moins l’idée que ce savoir intégré, ce savoir assimilé sans méthode, cette imprégnation de situations professionnelles vécues, pourraient servir à créer un mode de formation différent, prenant justement en compte cette spécificité professionnelle. La spécificité d’un milieu professionnel intimement lié à un vécu professionnel, mais aussi un vécu personnel.
Nous sommes en fait bien plus proche d’une idée de « compagnonnage », sans que ce dénominatif ne soit lui non plus réellement approprié (sauf pour ceux qui auraient l’envie de faire de leur mémoire de fin d’étude un chef d’œuvre ! ! !).
Il reste que le « Maître d’apprentissage » serait donc fournisseur d’un savoir empirique qui pourrait l’amener à, faire preuve de pondération, de modération, et lui permettre par petites touches d’indiquer des directions à éventuellement explorer ; et ses réflexions, ses questionnements, aider l’apprenti à se saisir de cette envie de chercher ce qui ne se trouve pas dans les livres, ou alors de façon tellement cachée, et de garder allumée cette petite flamme qui fait qu’on a choisi ce métier là.
Il est aussi, le « Maître d’apprentissage », client de questionnement nouveaux, d’énergie, de crédulité, de candeur, de nouveaux apports théoriques, de confrontations de ses vieilles idées (reçues ? ?).
En s’appuyant sur l’histoire de l’Institution (et pas les histoires), celle de l’équipe, il peut être le chaînon (jusqu’alors manquant), permettant au terrain d’avoir une place (reconnue par une part d’évaluation du diplôme de fin d’étude), prenant, maintenant qu’on la lui donne, la place qu’il réclame depuis des décennies à juste titre.
- Ce nouveau lien tissé par le Maître d’apprentissage entre l’Institut de formation, le « Terrain », et l’étudiant pourrait être le fil conducteur, la courroie de transmission, permettant aux différents intervenants de s’accorder, afin de faire en sorte que cette formation soit…qualifiante.

III – Continuons en interrogeant les employeurs :

L’enjeu pour les établissements est de mettre en œuvre une forme d’accompagnement de la formation qui permette de promouvoir et transmettre la culture de l’établissement : ses savoirs faire, ses compétences, son projet… ».
« Le rôle de l’entreprise apprenante au sein de ce dispositif est de penser la forme de « compagnonnage » la transmission des savoirs faire. Après une phase d’initiation, cheminer avec l’apprenti dans l’acquisition des compétences, le guider dans la résolution des situations rencontrées, jusqu’à, un niveau de maîtrise de sa pratique professionnelle qui lui permette de prendre initiatives et responsabilités ».
« Le travail d’articulation permet de repérer l’ensemble des pré-requis et des apprentissages nécessaires (et non suffisants !) avant une répartition formelle des tâches. L’articulation est intéressante car elle permet d’harmoniser les séquences de formation. Souvent les questionnements initiés dans un champ sont traités dans l’autre. Comparativement l’UF stage des étudiants en voie directe ne propose qu’une élaboration de la pratique par un formateur école, alors que cette articulation propose de manière complémentaire une illustration concrète et une mise en œuvre des approches théoriques, au delà de ce que peut proposer un responsable de stage conventionnel ».
« Les avantages de ce dispositif se situent dans la rapidité accrue de l’opérationnalité de l’apprenti, l’employabilité des étudiants. La mise en pratique plus importante de la formation académique. L’adaptation de la formation à une « réalité » de terrain et donc une évolution de la formation étroitement liée à l’évolution des pratiques. Les inconvénients s’expriment dans un risque de dilution de certains apprentissages, un risque de « formatage » de l’étudiant sur un modèle de pratique professionnelle ».
« A signaler également qu’un étudiant suivi à l’école et accompagné sur le terrain risque d’avoir moins d’espaces vierges de rencontres avec ceux qui sont supposés savoirs. Si nous voulons promouvoir le caractère « aventurier » de nos futurs professionnels, tâchons de leur proposer un temps, un lieu dont nous ne saurons pas grand chose, pour qu’ils puissent se poser une question fondamentale : Quel éducateur ai-je envie d’être ? ».

IV - Poursuivons du côté des formateurs :

« Ce dispositif permet de penser la formation non seulement au niveau des contenus à transmettre et des compétences à construire, mais également dans le lien direct avec les exigences et questions des terrains professionnels, et enfin dans le souci de permettre aux futurs travailleurs sociaux d’acquérir la créativité et la souplesse nécessaire aux changements auxquels ils devront faire face.
Nous avons essayé de montrer que le travail pédagogique consistait à gérer une tension issue de plusieurs objectifs :
- Préparer les apprentis au diplôme d’éducateur spécialisé et en faire des professionnels qualifiés.
- Former les tuteurs à l’exercice tutoral et à la fonction formative.
- Prendre en compte les préoccupations, les besoins, les attentes et les exigences du terrain professionnel.
- Repenser l’éducateur spécialisé et sa formation.
La tâche est certes immense et ambitieuse, donc difficile mais également pleine de découvertes et de richesses dans les rencontres et temps de réflexion.
Redire encore que nous sommes en présence d’une formation expérimentale, nouvelle, présentant une configuration formative inédite et que cela représente une chance.
Enfin insister sur l’importance des enjeux et sur le fait que nous nous devons (apprentis – tuteurs – formateurs, mais aussi partenaires, terrains professionnels, organismes de formation) faire les efforts nécessaires pour relever avec force et conviction ce challenge. Il en vaut la peine. »

Pour conclure :

Signalons le plaisir que nous avons eu à entreprendre cette aventure formative.
Elle fut comme toute aventure émaillée de péripéties de tous ordres.
Il a été nécessaire de :
- soutenir et sécuriser,
- encadrer et cadrer,
- avancer et ouvrir une voie,
- élaborer et créer,
- lutter contre les résistances,
- développer une identité de formation.
Il fallait donc y croire et mettre toute sa force de travail au service de ce nouveau dispositif de formation qu’il a fallu (répétons-le) construire et faire vivre durant ces trois années. Et c’est avec une grande joie que nous avons appris que l’ensemble de la première promotion d’Apprentis Educateurs Spécialisés de l’IRTS PACA CORSE avait brillamment réussi à obtenir le diplôme d’état d’éducateur spécialisé (D.E.E.S : promotion 2004)


Page Précédente