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La validation des Acquis de l'expérience : un nouvel enjeu pour la professionnalisation des éducateurs spécialisésAprès le Diplôme d’Etat d’Auxiliaire de Vie Sociale (D.E.A.V.S.), le Diplôme d’Etat d’Educateur Spécialisé (D.E.E.S.) est désormais accessible par la voie de la Validation des Acquis de l’Expérience. Ce droit individuel s’adresse notamment à un certain nombre de salariés sous qualifiés ou non qualifiés – par exemple des moniteurs-éducateurs « faisant fonction » d’éducateur spécialisé – qui justifient d’une expérience d’au moins 3 ans en rapport avec ce diplôme. Conformément à la loi de Modernisation sociale du 17 janvier 2002, le champ d’application de la V.A.E. s’étend peu à peu à l’ensemble des certifications en travail social, parmi lesquelles : le D.E.A.S.S. ; le D.E.E.J.E. ; le D.E.M.F. ; le C.A.F.E.R.U.I.S [1]. Une nouvelle voie d’accès à la certification La validation des compétences, aptitudes et connaissances professionnelles mais aussi extra-professionnelles - bénévolat ; activités associatives et/ou syndicales – est un nouveau mode d’accès à la certification à part entière et, par là même, distinct de la formation initiale, continue ou en apprentissage. Autrement dit, l’obtention d’un diplôme en travail social ne résulte plus aujourd’hui uniquement d’un cursus de formation mais procède également d’une évaluation des savoirs d’expérience acquis en situation de travail, au regard des critères de professionnalité figurant dans un référentiel de certification. Le « référentiel professionnel » des éducateurs spécialisés – en annexe de l’arrêté du 12 mars 2004 – a d’ailleurs été conçu à cette fin et intégré à la réglementation du diplôme d’état d’éducateur spécialisé. Pourtant, il ne suffit pas d’avoir de l’expérience - de l’ancienneté - pour in fine obtenir clé en main un diplôme. Encore faut-il que le candidat témoigne de ce que sa pratique mobilise des « savoirs informels » dont on peut postuler qu’ils sont « équivalents » – et non « identiques » – (M. Vial, N. Mencacci, 2004) [2] aux savoirs théoriques et techniques enseignés dans les écoles. En outre, l’expérience acquise par un candidat au travers de ses activités salariales ou autres, doit nécessairement couvrir l’ensemble des compétences requises. Aussi, à défaut de l’attribution du diplôme en totalité, « le jury se prononce […] sur la nature des connaissances et aptitudes devant faire l’objet d’un contrôle complémentaire » (Loi du 17 janvier 2002). En cas de validation partielle, le candidat peut : soit présenter – dans un délai de 5 ans - un nouveau dossier de validation après avoir « prolongé ou diversifié » son expérience ; soit « opter pour un parcours de formation préparant aux épreuves du D.E.E.S. » (Arrêté du 12 mars 2004). Une nouvelle possibilité de dispenses et d’allègements Cette possible bifurcation vers les épreuves du D.E.E.S. via les écoles, renforcera probablement la tendance actuelle à individualiser les trajectoires de formation, en proposant à ce nouveau public des programmes à la carte. Ces étudiants post V.A.E. auront en effet la particularité de posséder des parts du diplôme en ayant déjà obtenu la validation d’une, deux ou trois des quatre fonctions du référentiel professionnel. Le contenu et la durée de leur formation seront donc déterminés et planifiés en fonction de telle et/ou telle épreuve du D.E.E.S. correspondant à la ou aux fonctions non validées. De plus, les candidats qui opteront pour un parcours de formation seront dispensés par le jury V.A.E. des épreuves de sélection ; y compris ceux qui n’obtiendraient la validation que d’une seule fonction.
Cette configuration inédite dans le paysage de la certification en travail social ne sera pas sans incidences notamment financières et organisationnelles, pour la filière de formation des éducateurs spécialisés ; d’autant que la procédure de validation requiert la mise en œuvre de prestations d’un autre type. En l’occurrence, l’I.R.T.S. et les 3 autres établissements agrées de formation en travail social de la région P.A.C.A. et Corse [3] ont constitué un « Pôle ressource régional » [4] dans le but de soutenir et d’accompagner les salariés - qui en font la demande – dans leur démarche de validation pour le Diplôme d’Etat d’Educateur Spécialisé. N’ayant pas pour vocation de se substituer aux services du rectorat, ce dispositif de branche ne concerne en effet que les candidats : en situation d’emploi, titulaire d’une qualification, qui « [justifient] d’une expérience [d’une durée minimale de 3 ans voire de 5 ans] de l’intervention éducative auprès de différentes catégories de personnes en difficulté, en réponse à une commande sociale ». C’est dire si les conditions d’accès au dispositif de branche sont plus exigeantes que les critères de recevabilité édictés par la loi. Le Pôle Ressources est chargé de réaliser un certain nombre de prestations spécifiques à la démarche de V.A.E. : information ; orientation ; accueil ; bilan de positionnement ; appui méthodologique ; préconisations d’un parcours individualisé de soutien ; préconisations d’un parcours complémentaire. Ces différentes fonctions ne relèvent plus par conséquent de la mission traditionnelle des écoles en travail social. Rappelons que la démarche de V.A.E. n’est pas une formation en dépit du fait que le dispositif de branche comprend des séquences formatives, et/ou de mise en situation professionnelle, en amont cette fois-ci de la phase décisionnelle du jury V.A.E. L’accompagnement en V.A.E. : un processus d’évaluation au service de la professionnalisation des candidats En V.A.E., le candidat est amené à décrire et analyser les situations de travail significatives en lien avec les fonctions du référentiel professionnel. Il doit également fournir des éléments de preuve afin de conforter ses dires. Or, expliciter et formaliser par écrit son expérience est un exercice qu’il est difficile de réaliser sans la médiation d’un accompagnateur dont le rôle est d’une part d’aider le candidat à rédiger et constituer son dossier de validation ; d’autre part de le préparer à l’entretien avec le jury V.A.E. Cet accompagnement – d’une durée de 35 heures maximum dans le cadre du dispositif de branche – vise surtout à faciliter la mise en mots de l’expérience. C’est sur la base de ce récit de la pratique qu’il convient alors d’identifier les compétences socio-éducatives du candidat pour les mettre en correspondance avec les « savoirs de référence » du référentiel professionnel. L’accompagnateur ne se contente donc pas seulement de vérifier la conformité administrative du dossier de validation du candidat. Il n’est pas davantage garant de la réussite du candidat à l’issue de la procédure puisque la décision finale appartient aux membres du jury. L’accompagnement en V.A.E. ne relève pas d’une action de formation mais d’une pratique évaluative centrée sur l’expérience du candidat. A la différence du formateur – comme incarnation de la figure de l’instructeur - l’accompagnateur n’est pas censé transmettre au candidat un quelconque savoir, en vertu d’un programme préétabli. Un peu à la manière d’un formateur dans le cadre d’une séance d’analyse des pratiques, il accompagne le candidat dans un travail de verbalisation et d’élucidation de l’activité susceptible de rendre intelligible sa pratique et du même coup de favoriser l’actualisation de « savoirs-faire » transférables dans d’autres contextes socio-éducatifs. Par conséquent, l’évaluation dont il est ici question n’est pas un simple inventaire de l’expérience accumulée, mais vise plutôt à susciter la réflexivité, le questionnement, la production de sens, le travail des valeurs. En définitive, la situation d’accompagnement est l’occasion pour le candidat d’apprendre de et par l’expérience, de développer de nouvelles compétences et de promouvoir ses potentialités. La V.A.E. comme « démarche de valorisation des compétences et non de sanction des manques » (circulaire interministérielle du 7 juillet 2004) peut amener le candidat à s’inscrire dans une dynamique de changement et ainsi se projeter vers de nouveaux horizons professionnels et personnels…en s’engageant par exemple dans une formation. [1] Diplôme d’Etat d’Assistant de Service Social ; Diplôme d’Etat d’Educateur de Jeunes Enfants ; Diplôme d’Etat de Médiateur Familial ; Certificat d’Aptitude aux Fonctions d’Encadrement et de Responsable d’Unité d’Intervention Sociale. [2] Michel Vial & Nicole Mencacci (2004), Valider les acquis de l’expérience à l’université : une occasion de prendre en considération les savoirs informels, Education permanente n° 159. [3] Les 3 autres écoles de la région qui constituent le Pôle Ressources Régional sont : l’I.E.S.T.S. de Nice ; l’I.F.T.S. d’Ollioules et l’I.M.F. de Marseille. [4] En réponse à l’appel à candidature de la Commission Paritaire Nationale de l’Emploi (C.P.N.E) de la branche sanitaire, sociale et médico-sociale à but non lucratif. |
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